7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 16:42

Le terme "non-violence" nous vient de Gandhi qui le définissait ainsi: "Sous sa forme active, la non-violence s'exprime par la bienveillance à l'égard de tout ce qui vit(1).

Au delà de cette approche philosophique, la non-violence est aussi une méthode d'action qui permet de s'opposer à la violence sans se soumettre à elle.

Malgré cela, elle est parfois considérée comme un état de faiblesse, de résignation, un échappatoire pour les lâches. 


En vérité, c'est tout le contraire...

 

Il est vrai qu'à une époque ou les sociétés sont dominées par ce que Jean-Marie MULLER, philosophe et écrivain engagé appelle "l'idéologie de la violence, nécessaire, légitime et honorable",  il est surement difficile d'imaginer un autre modèle.


 "Le non que la non-violence oppose à la violence est un non de résistance"(2) et permet d'affirmer "que la non-violence est plus opposée à la passivité et à la résignation qu’à la violence"(1).

Ce qui "rapproche" la violence de la non-violence, c'est l'énergie qu'elles mobilisent, l'agressivité qu'elles nécessitent toutes deux pour agir.

"La violence n'est qu'une expression de l'agressivité, mais non l'agressivité elle-même, et ce n'est pas une nécessité naturelle que l'agressivité s'exprime par la violence.(1)”


On peut donc choisir d'utiliser cette agressivité à d'autres fins que "faire mal, faire du mal, faire souffrir".


C'est une erreur que de penser que celui qui choisit la non-violence est une personne soumise et passive. Préférer la non-violence, c'est faire le choix de préserver son humanité et celle de l'autre, en refusant de se laisser guider par ses propres pulsions.

 

Et c'est peut-être pour cela qu'il est si difficile d'aller sur le chemin de la non-violence.

 

Car c'est bien d'un cheminement dont il s'agit.

On ne devient pas non-violent du jour au lendemain (peut-être le serons-nous jamais totalement...). C'est un processus long et complexe ou les obstacles sont nombreux. C'est un peu comme si on remontait une rivière à contre-courant en regardant le plus grand nombre filer dans l'autre sens. Pourquoi ne pas suivre le mouvement avec les autres, ils sont si nombreux ? C'est surement plus facile, plus simple de se laisser aller, plus confortable ?

Mais pour aller ou ? C'est la question...

 

Les enfants comme repères de sagesse.

Pour ma part, le chemin est long et sinueux, mais j'avance, sans doute parce que les enfants me donnent confiance.  

A force de leur répéter depuis des années qu'il existe d'autres moyens que la violence pour régler les conflits, et de les voir réussir là ou j'ai parfois du mal, je me dis que l'espoir est permis.

Et je n'exagère pas. Les enfants ont une capacité extraordinaire à pardonner, à s'excuser, à trouver un compromis pour peu qu'ils soient accompagnés par un adulte attentif et bienveillant .


Une petite anecdote:

Un jour, dans une cour d'école, 2 enfants de 8/9 ans, se disputent pour une carte de jeu. L'un revendique le droit de récupérer sa carte que l'autre dit avoir gagné en jouant. Les choses s'enveniment et dans la dispute, la carte est déchirée en 2. Les enfants en viennent aux mains. L'adulte s'interpose et demande des explications. Difficile de savoir qui a raison et qui a tort. Alors l'adulte propose aux enfants de trouver une solution juste, en échange de quoi, il va recoller la carte. Quelques minutes après, l'adulte revient avec la carte réparée et demande aux enfants ce qu' ils ont décidé. L'un des enfants dit" Nous allons rejoué la carte et celui qui gagne la garde". L'autre est d'accord, la dispute s'arrête là.


Et ce n'est pas un exemple isolé. Bien sûr, il est nécessaire de les inciter à chercher des solutions autre que la violence. Dans le cas cité, sans intervention de l'adulte, la violence aurait sans doute été vainqueur. Mais il est parfois tellement difficile aujourd'hui pour un enfant de trouver l'apaisement autour de lui.

Je me demande combien de mots de paix et de réconfort entend-il au cour de sa journée? Combien de conseils bienveillants, d'encouragements lui sont donnés pour aller vers le mieux-vivre ensemble ?

Qui a pris le temps de lui expliquer qu'il existe une alternative à la violence ?

Si le père ne le fait pas, si la mère ne le fait pas, si le professeur ne le fait pas, si l'animateur ne le fait pas, qui le fera ?

 

Quand on dit que les paroles des enfants sont parfois cruelles on devrait s'empresser d'ajouter que c'est par excès d'authenticité, de sincérité et d'innocence.


L'enfant est un repère pour moi, un miroir qui me renvoit mes erreurs et mes peurs. Si je suis exaspéré ou gêné par la demande d'un enfant, c'est qu'au fond de moi, quelque chose ne va pas.

Je me rappelle d'un professeur qui racontait avoir puni un élève parce ce dernier lui avait fait remarqué qu'il était en retard. C'était la vérité, mais le professeur n'était peut-être pas encore prêt à l'entendre.

 

C'est donc en mettant en pratique tout ce que je demande aux enfants que j'ai commencé à entrer dans le cercle vertueux de la non-violence.

Il suffit de commencer, après le reste suit. Ce n'est pas facile, pas toujours évident, mais le chemin est assez bien éclairé et les traces des enfants sont visibles.


J'ai le sentiment que les enfants comprennent et acceptent ce que j'essaye de faire et ils m'aident par des mots, des attitudes, des acquiessements, des encouragements.

Je me sens important, utile...

Finalement, tout cela est très égoïste, non ?

 

Faire marche-arrière semble impossible, le cercle vertueux dans lequel je suis, m'entraine et me dynamise et lorsque je failli, j'essaye de réparer, comme on le demande à un... enfant.


A vrai dire, je suis rassuré, je n'exige pas l'impossible des enfants et à les voir, je trouve qu'ils ne s'en portent pas trop mal. Par contre, je suis plus soucieux pour nous les adultes, réussirons-nous à égaler la sagesse des enfants ?

 

1 "De la non-violence en Education" - Jean-Marie MULLER

2 "Philosophie de la non-violence" - Jean-Marie Muller

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Marcel

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