24 septembre 2011 6 24 /09 /septembre /2011 13:00

Il m'arrive quelquefois, en tant qu'éducateur, d'arriver dans ce que j'appelle un désert éducatif.

Dans ces lieux,ou l'enfant semble livré à lui-mème. Assez effrayant !


Ou sont les limites ? Ou est le cadre ? L'enfant, lui-mème ne le sait pas toujours.

Mais qui est responsable de ce joyeux "remue-ménage" ? L'enfant ?

L'enfant seulement ?

L'enfant n'est qu'un enfant. Il teste, il provoque, il essaye, il recommence, quoi d'étonnant ?


Et l'adulte quel est son rôle ? N'est-il pas là justement pour indiquer la limite, la règle, le cadre ?

 

Oui, mais comment faire ?

 

Mais au fait, de quoi ont-ils besoin tous ces "jeunes" qui semblent se moquer de tout ?

 

A force de leur parler, de les écouter, de réfléchir avec eux, les choses ne m'apparaissent pas aussi compliquées que l'on peut le penser.

 

A chaque fois, ou presque, les besoins sont les mèmes, à chaque fois ou presque, les demandes se manifestent de la mème manière.

Plus ou moins clairement, plus ou moins bruyamment, plus ou moins violamment...

Le rapport de force est souvent recherché. 


Besoin de parler, d'exprimer quelque chose, de s'affirmer, besoin d'être écouté, accueilli, sans jugement, sans humiliation, sans dévalorisation, besoin d'être respecté pour ce qu'ils sont, besoin d'être aidé,accompagné, valorisé, estimé, considéré.

 

Rien de bien différent de ce à quoi aspire chacun, qu'il soit adulte ou plus jeune.

 

Et si c'était ça le problème ?

Celui de penser qu'un jeune est trop complexe, trop différent pour que nous, adulte, puissions y comprendre quelque chose...

 

Je n'y comprend rien, donc, je n'y peux rien ...

 

Petite histoire.

Encore stagiaire au Brevet d'Etat d'Educateur Sportif, je me rappelle du jour ou je suis arrivé dans un quartier avec mon matériel d'athlétisme, accompagné de deux autres animateurs.


Le but était de proposer des activités de découverte pour tous. Autrement dit, je monte mon stand et j'accueille toutes les personnes qui se présentent.

Un jour, quelques jeunes sont arrivés, ont commencé à chahuter, se pousser, à faire tomber du matériel. J'ai eu peur.

Il y avait un goûter qui devait être distribué à la fin de la journée. Là encore, des jeunes ont attrapé les brioches et les ont lancés un peu partout. Ce fut un moment difficile car je ne contrôlait plus rien...

J'ai crié, je me suis énervé. J'avais l'impression de devenir un animal sauvage. La violence m'emportait, je le sentais. heureusement, d'autres jeunes sont venus nous aider et les choses se sont calmés.

 

Le soir quand je suis rentré chez moi, j'étais déçu et triste. Déçu par ma réaction, triste de devoir faire le mème constat que certains de mes collègues: "Tu leur apporte des loisirs et ils te traitent comme un chien !"


Quelques jours plus tard (et d'autres déboires du mème type), ayant bien réfléchi, je me suis dit qu'il fallai réagir. Finalement, le problème venait d'un petit groupe et non pas de la majorité des enfants.


Arrivé sur place, j'ai sorti une partie du matériel et j'ai attendu que des jeunes arrivent.

Les demandes furent nombreuses pour que je sorte le reste du matériel.

"Ok, je sors le reste, mais à certaines conditions. Je suis pas un chien, j'ai droit au respect comme vous. Respect du matériel et respect de l'éducateur que je suis."

"On s'amuse Monsieur" ai-je entendu.

S'en est suivi une petite discussion au cour de laquelle j'ai ressenti de la compréhension et mème une certaine... compassion chez quelques uns.

Franchement, vous dire que tout s'est bien passé serait exagéré, mais les choses se sont nettement améliorées. Je me suis senti soutenu au point d'avoir des jeunes à côté de moi qui faisaient la "police" pour réfreiner certains comportements excessifs de leurs camarades.


Au bout du compte, ces jeunes pour la plupart, ont répondu à mes demandes m'offrant respect, écoute, considération, attention, alors que rien ne me semblait envisageable auparavant.

 

Finalement , j'en suis venu à regretter de ne pas avoir mis en place des règles strictes  dès le début, laissant régner un certain flou sur ce qui était possible de faire et ce qui ne l'était pas.

 

Depuis, les choses ont changé.

J'essaye d'être clair, dès le départ, au risque de paraître un peu trop exigeant.

 

Au fil du temps, j'ai tenté d'améliorer ma communication autour de mes besoins et de ceux du groupe, pour aboutir, recemment, à 4 mots, qui pour moi servent de repères et de cadre à toute relation:


(se)Parler: Exprimer ses besoins, ses ressentis, mais aussi se parler pour que le conflit puisse aboutir à une solution gagnant-gagnant.


(s')Ecouter: Laisser l'autre s'exprimer sans lui couper la parole, être capable d'accueillr ses demandes(ce qui ne veut pas nécessairement dire y adhérer)


(se)Respecter: Faire attention à l'autre, conserver la bonne distance avec lui, sans chercher à l'écraser ou à le dominer.


(S')Entraider: Quand l'un est en difficulté, l'autre est là pour l'aider, l'encourager, l'accompagner, sans jugement, sans moquerie.

 

Là ou le contour du cadre éducatif n'est pas assez marqué ou pour insuffler les bases d'une relation saine et respectueuse, le P.E.R.E est le repère, il est la lumière.

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Marcel

Le blog déménage